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Je suis indignée 11 février 2014

Posted by aurelhibou in Actus.
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Près d’une trentaine de bibliothèques publiques ont fait l’objet, ces derniers jours, de pressions croissantes de la part de groupuscules fédérés sur internet par des mouvements extrémistes qui en appellent désormais à la lutte contre ce qu’ils appellent les « bibliothèques idéologiques ».

Ils se rendent dans les bibliothèques de lecture publique, exercent des pressions sur les personnels, les somment de se justifier sur leur politique d’acquisition, fouillent dans les rayonnages avec une obsession particulière pour les sections jeunesse, et exigent le retrait de la consultation de tout ouvrage ne correspondant pas à la morale qu’ils prétendent incarner.

Aurélie Filippetti, Ministère de la culture et de la communication

Je suis bibliothécaire : après avoir abandonné l’idée d’être dessinatrice chez Disney, c’est le métier que j’ai toujours voulu exercer. En choisissant cette voie, jamais je n’aurais imaginé que cette profession était autant sujette à controverses. Pourtant, on a étudié le cas de la ville d’Orange en cours d’ « éthique et déontologie ». On y a appris qu’en 1996 la municipalité FN ingérait la politique d’acquisition de la médiathèque, de façon à ne plus trouver de contes du monde entier ou d’ouvrages traitant du racisme sur les rayonnages. Mais c’était en 1996, au siècle dernier, à l’époque où j’étais en CP.

Je suis bibliothécaire jeunesse : je m’occupe de l’ensemble du secteur pour les enfants de 0 à 18 ans. Cela signifie que je vois passer à peu près tous les enfants du territoire. Si ce n’est pas en compagnie de leurs parents, c’est au multi-accueil, à la protection maternelle et infantile (PMI), au relais parents et assistantes maternelles (RAM), à l’accueil de loisirs (ALSH), à l’espace jeunes, à l’école ou au collège.

Je suis responsable de la politique d’acquisitions : j’achète l’ensemble des livres et des CD audio pour les 0-18 ans. Et c’est moi qui décide de ce qui intègre ou non le fonds de la médiathèque.

Je suis indignée. Je n’ai pas particulièrement une âme engagée, encore moins belliqueuse. Je l’avoue, je n’ai jamais manifesté, je déteste les mouvements de foule. J’ai effectué toute ma scolarité dans une école privée catholique –oui, oui, de la petite section à la terminale. Cela ne m’a pas empêchée de me servir de mon cerveau, de ma conscience et de mon cœur.

Depuis une semaine, je me sens particulièrement concernée et révoltée par l’actualité. Je suis outrée par les inepties rédigées sur le site du Salon Beige. Ma tension monte à sa lecture, mais il faut bien savoir de ce dont on parle avant de critiquer. Ce qui n’est visiblement pas le cas des rédacteurs de ce site lorsqu’ils écrivent que des « bibliothèques idéologiques » proposent dans leurs « rayons destinés à la jeunesse des ouvrages inspirés du gender » [Michel Janva, 10/02/2014].

Je m’intéresse depuis pas mal de temps aux questions de genre. Je viens justement de finir Le nouvel ordre sexuel de Serge Hefez. Je peux donc vous assurer que tous les livres incriminés dans cette polémique obscurantiste ne relèvent pas du gender. Ces livres traitent de la diversité du réel. De même qu’il y a des livres sur la naissance, la mort, le sommeil, la nourriture et tout ce qui compose notre quotidien et celui des enfants, il y a des livres dans lesquels les garçons pratiquent la danse, les filles deviennent présidentes, les parents sont homosexuels ou divorcent. Mais rassurez-vous, il y a aussi des livres dans lesquels les parents sont mariés et hétérosexuels. Et il y a même des T’choupi, des Martine et des Petit Ours Brun. Parce qu’il faut de tout pour faire un monde et satisfaire les usagers. Les fonds des bibliothèques jeunesses reflètent les évolutions de la société et comme le souligne l’association des bibliothécaires de France « c’est le rôle des bibliothèques et des bibliothécaires que de proposer au public des livres pour toutes et tous et sur tous les sujets pour favoriser les débats, lutter contre les prescriptions idéologiques et donner aux enfants comme aux adultes les clés pour comprendre le monde dans lequel ils vivent. »

En 1997, le directeur de la BM, nommé par le FN, disait « La bibliothèque est le lieu privilégié où peut s’exercer une influence idéologique en profondeur : ne sous-estimons pas cet outil de reconquête des esprits ! ». Alors oui, je pars à la conquête des esprits lorsque je constitue le fonds jeunesse de la médiathèque, c’est pourquoi vous y trouverez les livres suivants :

  • Tango a deux papas, et pourquoi pas ?
  • Mademoiselle Zazie a-t-elle un zizi ?
  • Oh, Boy !
  • All together
  • Jean a deux mamans
  • Nous, les hommes !
  • Papa n’a pas le temps…
  • La fête des deux mamans
  • Déclaration d’anniversaire
  •   Si papa, si maman…
  • Le dé-mariage
  • La princesse Finemouche
  • Billy Elliot
  • La catcheuse et le danseur
  • A calicochon
  • A quoi tu joues ?
  • Histoire de genre
  • Et pourquoi pas ?
  • Marre du rose
  • Histoire de Julie qui avait une ombre de garçon
  • La liste de Noël
  • et bien d’autres…

Ma dernière commande s’appuyait sur la bibliographie subversive du CRDP de Grenoble « Pour bousculer les stéréotypes fille garçon ». Seront donc bientôt dans les bacs : Olivia, reine des princesses, On n’est pas des poupées, Mamangue et Papaye.

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